
Pionnier en Europe, le site industriel de Renault Trucks, à Blainville-sur-Orne, près de Caen, a lancé la production en série de camions électriques dès 2020. En six ans, plus de 4 000 camions électriques sont sortis des lignes de production et circulent aujourd’hui chez les clients du constructeur. Fort d’une véritable expérience, Renault Trucks développe le projet Elec’Truck pour augmenter la cadence et obtient le soutien de France Relance 2030. Rencontre avec Pierre Jenny, Directeur des Opérations Renault Trucks Blainville.
Nous produisons quotidiennement 83 camions de distribution et 250 cabines. Camions de pompiers, bennes à ordures ménagères, véhicules frigorifiques ou utilitaires urbains : notre
site répond à des usages métiers très variés, avec des contraintes techniques spécifiques.
En quoi consiste le projet Elec’Truck ?
Le projet Elec’Truck s’inscrit dans la stratégie de décarbonation de Volvo Group et de Renault Trucks. L’objectif est clair : produire des camions électriques performants, adaptés aux usages réels
de nos clients avec des silhouettes de camion répondant aussi bien aux pompiers, qu’aux éboueurs ou au transport frigorifique tout en restant compétitifs dans un contexte de concurrence
internationale très forte. Cela comprend des évolutions techniques, un élargissement de la gamme, des solutions pour faire baisser les coûts et une profonde transformation industrielle destinée
à préparer la bascule progressive du diesel vers l’électrique.
Aujourd’hui, nous produisons environ 5 camions électriques par jour. L’enjeu est désormais de monter en cadence tout en améliorant la compétitivité de cette technologie, plus coûteuse que le thermique. Notre objectif est de produire des camions électriques performants, adaptés aux usages réels de nos clients, tout en restant compétitifs dans un contexte de concurrence internationale très forte.
Cette transformation implique une adaptation importante de l’outil industriel. Les process de fabrication évoluent pour intégrer de nouvelles compétences, de nouveaux équipements et des exigences de sécurité spécifiques aux batteries haute tension. L’électrification du transport routier entraîne ainsi une mutation profonde des métiers industriels.
Elec’Truck marque une nouvelle étape : passer de pionnier du camion électrique à une industrialisation plus robuste et durable de l’électrique, en France.
28,4 millions
d’investissement, dont 5,6 millions d’euros de Bpifrance
Comment avez-vous financé ce projet ?
Le projet Elec’Truck représente un investissement global de 28,4 millions d’euros pour Renault Trucks et le groupe Volvo. Lauréat de France 2030 dans le cadre d’un appel à projets dédié aux
véhicules de demain, il bénéficie d’un accompagnement de l’Etat à hauteur de 5,6 millions d’euros, sous forme de subventions et d’avances remboursables.
L’accompagnement de l’État joue un rôle décisif. Il nous permet d’accélérer la transformation industrielle du site dans un contexte où l’électrique reste plus cher que le diesel. Au-delà du inancement,
nous y voyons également un signal fort de confiance dans l’avenir de l’industrie française du camion électrique.
NextMove joue pour nous un rôle clé d’écosystème. Le pôle crée du lien entre innovation, industrie et territoires, ce qui est essentiel pour réussir la transition de la mobilité.
Pierre Jenny, Directeur des Opérations, Renault Trucks Blainville
Quel accompagnement vous a apporté NextMove ?
NextMove accompagne notamment le site de Blainville dans la structuration de compétences et le partage d’expériences autour de l’électrification. Le pôle permet de créer des échanges avec d’autres industriels, des partenaires technologiques ou des acteurs de l’innovation. Dans une phase de transformation aussi importante, ne pas avancer seul est essentiel. Cela permet de prendre du recul, de partager des retours d’expérience, et parfois d’identifier plus rapidement des solutions ou des coopérations utiles en lien avec un écosystème dynamique de la mobilité du futur.
Cette coopération se traduit concrètement par la mutualisation de certains besoins, notamment en matière de formation. Le passage des systèmes 24 volts traditionnels aux technologies
haute tension, pouvant atteindre 600 volts, impose de nouvelles expertises pour nos opérateurs industriels et nos équipes de maintenance. Sur ce sujet, le pôle nous a accompagnés dans le développement de nos modules de formation.
Au-delà de la performance industrielle, allier réindustrialisation, souveraineté industrielle et transition environnementale est notre ambition partagée avec France 2030. L’électrification représente l’opportunité de maintenir en France des compétences industrielles stratégiques tout en préparant les métiers de demain. L’électrique n’est pas une option pour nous : c’est l’avenir de notre industrie








